Développement durable 03.07.2018

Unesco – La Chaîne des Puys-faille de Limagne enfin inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco

Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a rendu, le 2 juillet au Bahreïn, sa décision d’inscrire la Chaîne des Puys-faille de Limagne à la liste de son patrimoine mondial, au titre des sites naturels. Le dossier avait été rejeté par deux fois, en 2014 et en 2016. De quoi donner de l’espoir à la ville de Nîmes et aux sites funéraires franco-belges de la Grande Guerre qui ont été écartés (notre encadré).

La troisième tentative aura été la bonne : réuni à Bahreïn pour sa 42e session annuelle, le Comité du patrimoine mondial a inscrit sur sa liste, le 2 juillet, la Chaîne des Puys et la faille de Limagne, au titre des sites naturels. Pour le comité, « il s’agit d’un élément emblématique du rift ouest-européen, créé dans le sillage de la formation des Alpes, il y a 35 millions d’années. Les caractéristiques géologiques du site démontrent comment la croûte continentale se fissure puis s’effondre, permettant au magma profond de remonter et entraînant un soulèvement de la surface. Le site illustre de manière exceptionnelle le phénomène de rupture continentale – ou rifting -, qui est l’une des cinq principales étapes de la tectonique des plaques ».

« Ce n’est pas une formalité »

La décision du comité n’est pas vraiment une surprise, dans la mesure où l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) – chargée par l’Unesco d’instruire les dossiers portant sur des sites naturels – avait émis, le 28 mai, un avis favorable sur le dossier. Or le comité suit, le plus souvent, l’avis de l’UICN. Présent à Manama, la capitale du Bahreïn, Jean-Yves Gouttebel, président du conseil départemental du Puy-de-Dôme, avait toutefois pris soin de préciser que « ce n’est pas une formalité. La décision, c’est le Comité du patrimoine mondial qui la prend ». Dans un communiqué, le département du Puy-de-Dôme rappelle que la candidature de la Chaîne des Puys et de la faille de Limagne a « mobilisé les collectivités locales, les entreprises, les associations et les habitants autour de la reconnaissance et de la préservation de ce patrimoine naturel exceptionnel. Le dossier a été élaboré par le conseil départemental du Puy-de-Dôme à travers un partenariat étroit avec les universitaires locaux pour le volet scientifique et le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne pour la gestion ».

Un patrimoine qui doit servir de socle à un développement durable

Selon le département, « il nous appartient désormais de préserver, valoriser et faire vivre ce patrimoine universel. Il doit servir de socle à un développement durable, réussissant à marier protection des caractères paysagers et géologiques, soutien aux activités traditionnelles et tourisme responsable ». De son côté, la région Auvergne-Rhône-Alpes se dit « fière d’annoncer le classement de la Chaîne des Puys-faille de Limagne au patrimoine mondial de l’Unesco ».
Pour sa part, Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, se félicite, dans un tweet, d' »une première en France métropolitaine pour un bien naturel » (oubliant l’inscription, en 1983, du golfe de Porto en Corse au titre des biens naturels et, en 1997, du site mixte culturel/naturel des Pyrénées-Mont Perdu). Le secrétaire d’Etat annonce qu’il aura « l’occasion de célébrer ce classement ce vendredi avec le département, qui a piloté cette candidature ».

Une candidature qui a connu des vicissitudes

Le soulagement est à la hauteur des vicissitudes que cette candidature a connues. Le dossier a en effet déjà été rejeté à deux reprises par le Comité du patrimoine mondial, en 2014 et en 2016 (voir nos articles ci-dessous). En 2014, le dossier de candidature avait fait alors l’objet d’un rapport très négatif de l’UICN (voir notre article du 6 mai 2014). Le rapport jugeait alors le site « agréable », mais « ni unique », « ni spectaculaire ». En 2016, la candidature du site avait à nouveau été écartée, en des termes toutefois moins sévères.
Le cas de la Chaîne des Puys n’a toutefois rien d’exceptionnel. Face à un afflux de candidatures – parfois dictées par des considérations essentiellement touristiques -, mais aussi à l’attitude de certains inscrits qui ne respectent pas les engagements pris, le comité se montre en effet de plus en plus exigeant. En outre, les pays développés ayant été particulièrement bien servis dans les premières décennies – avec les Puys, la France compte déjà 44 sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial -, le comité ne cache pas vouloir rééquilibrer les inscriptions en faveur des autres pays.
Une chose est sûre désormais : il devient pratiquement exclu qu’une candidature soit acceptée dès sa première présentation (d’où les rapports noirs/blancs de l’UICN et de l’Icomos) et il n’y aura place, au mieux, que pour une seule désignation par pays développé. En retenant le dossier de la Chaîne des Puys-faille de Limagne, le comité du patrimoine mondial – tout comme le gouvernement français, qui soutenait plus particulièrement ce dossier – excluait de facto les deux autres candidatures émanant de Nîmes et des sites funéraires franco-belges de la Grande Guerre.
Jusqu’à une prochaine présentation qui finira par être la bonne…

NIMES ET LES SITES FUNERAIRES FRANCO-BELGES DE LA GRANDE GUERRE ATTENDRONT

La ville de Nîmes n’a pas connu le même succès que le Puy-de-Dôme. Le Comité du patrimoine mondial a en effet écarté cette candidature pour cette année. Le comité suit ainsi l’avis de l’Icomos, qui instruit les dossiers des sites culturels pour le compte de l’Unesco. Selon cet organisme, « l’analyse comparative n’a pas assez distingué Nîmes des autres villes aux origines romaines qui ont également contribué à des revitalisations architecturales basées sur l’Antiquité ». Les experts de l’Icomos indiquent aussi « qu’il n’a pas été montré, dans les faits, en quoi Nîmes se distingue comparativement des autres villes déjà inscrites sur la liste du patrimoine mondial », ce qui apparaît comme une allusion à la ville d’Arles, inscrite en 1981, et avec laquelle Nîmes aurait été bien inspirée, à l’époque, de monter un dossier commun.
L’argument peut sembler surprenant au regard de la richesse exceptionnelle et de l’état de conservation du patrimoine romain de Nîmes (Arènes, Maison carrée, tour Magne, aqueduc…). Mais les experts de l’Icomos n’ont pas non plus apprécié « les projets d’aménagement considérés comme étant une menace grave pour l’intégrité du bien proposé pour inscription. Notamment pour le cadre visuel des principaux édifices romains. C’est particulièrement le cas pour la construction récente du musée de la Romanité situé à proximité de l’amphithéâtre et construit au sein du secteur sauvegardé et le projet de palais des congrès qui devrait être aménagé dans la zone de l’Hôtel-Dieu ». La porte n’est toutefois pas totalement fermée et Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes, insiste sur le fait que « l’Unesco a choisi de différer l’inscription de la ville au patrimoine mondial », ce qui permet d’envisager une nouvelle présentation, peut être dès l’année prochaine.
De la même façon et malgré le centenaire de l’Armistice, le comité a écarté la candidature franco-belge pour l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco des sites funéraires et mémoriels de la Grande Guerre, soit un ensemble de 139 cimetières militaires, nécropoles et monuments commémoratifs dans les deux pays. La candidature a cette fois été repoussée à 2021. Selon Marie-Madeleine Damien, secrétaire générale de l’association Paysages et sites de mémoire de la Grande Guerre, qui porte la candidature, « cela ne remet pas en cause l’intérêt du dossier ». Selon elle, il s’agit en effet d' »une question de thématique, car la thématique mémorielle est nouvelle ».