Politiques Jeunesse : les Départements au cœur de la dynamique territoriale

Atelier Jeunesse du Congrès ©ADF

Congrès 28.10.2019

Politiques Jeunesse : les Départements au cœur de la dynamique territoriale

« Comment construire une politique de la jeunesse coordonnée et attractive pour mobiliser et engager les jeunes sur leurs territoires ? » Pour les Départements, et en particulier les plus ruraux ou isolés d’entre eux, jeunesse et développement territorial sont étroitement liés. Les élus ont eu l’occasion d’échanger sur ce sujet lors d’un atelier coprésidé par Laurent Ughetto, Président de l’Ardèche et Vice-Président de la Commission Education, culture et sport de l’ADF, et Sophie Bertrand, Vice-Présidente du Cher en charge de l’enfance et de la famille.

Un enjeu majeur de coordination

Si la loi Egalité et Citoyenneté de 2017 a désigné la Région comme chef de file de la politique de jeunesse, la question de la coordination des acteurs s’impose également de fait aux Départements. « On ne peut comprendre une politique de jeunesse que du point de vue de son éclatement à la fois sectoriel et territorial », a observé Jordan Parisse, chargé d’études et de recherche à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep). Après une étude publiée en février 2019 sur la réforme territoriale et ses conséquences sur la réorganisation de l’Etat pour les politiques de la Jeunesse, l’Injep a commencé une investigation des politiques de la Jeunesse territoriale par une observation du niveau intercommunal puis du « dialogue structuré » mis en place à l’échelle régionale.

Comment mobiliser de façon cohérente la pluralité d’acteurs et de domaines – éducation, insertion, mobilité, culture, sports, citoyenneté… – concernés ? Et comment impliquer les jeunes eux-mêmes dans la définition d’une politique qui leur est dédiée ? Autant de questions que s’est posé le Département de l’Ardèche avec le projet AJIR (Ardèche Jeunesse Innovation Ruralité), lauréat du Programme Investissements d’Avenir (PIA) Jeunesse. Portée par une quinzaine de partenaires, cette politique vise à la fois à apporter des réponses concrètes aux jeunes – dont la mise en place d’une « université numérique » – et à faciliter leur participation à la vie locale.

La jeunesse comme « ressource du territoire »… et réciproquement

« On s’est beaucoup appuyé sur les jeunes pour penser ces territoires ruraux », a rappelé Bertrand Coly, membre du Conseil économique, social et environnemental ayant contribué à un récent avis du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) intitulé « Participation des jeunes au développement des territoires ruraux ». Pour renouer avec une telle approche, le Département a selon lui « des atouts », car c’est « le lieu de l’interconnaissance des acteurs ».

Le Département du Cher considère les jeunes comme « une ressource du territoire » et entend bien les « encourager à rester ou à revenir », a expliqué Sophie Bertrand. Parmi les axes identifiés dans le cadre d’un travail partenarial autour du schéma départemental des services aux familles : l’information – avec la création d’une « web radio citoyenne » -, la mobilité, le maillage territorial et l’itinérance de services tels que la maison des adolescents.

En Lozère comme en Martinique, le renforcement de l’attractivité territoriale est une priorité. « On a mis l’accent sur les jeunes isolés sur le territoire et ceux qui avaient quitté le Département », a témoigné Sophie Pantel, Présidente du Département de la Lozère. La démarche, là encore partenariale, porte sur l’engagement, l’accès aux services, au sport et à la culture, ou encore la valorisation des métiers et des filières du territoire avec la mise en place d’un réseau de 48 « ambassadeurs », lauréats de l’appel à projets « Challenge Jeunes », jeunes de 18 à 30 ans récompensés par le Département dans leur engagement et esprit d’initiatives. Ce réseau vise à illustrer que le territoire est source de projets innovants portés par de Jeunes adultes.

La dynamique économique est tout autant stratégique pour la Martinique, qui voit 4.500 jeunes partir chaque année. Redonner des perspectives à ces jeunes, mais également lutter contre certains fléaux tels que les addictions : des objectifs qui ont permis à la Collectivité de mobiliser ses partenaires, dont les établissements scolaires et universitaires et de trouver un relai territorial efficace grâce aux associations très impliquées par la collectivité, dans le cadre du schéma Petite enfance, jeunesse, famille. « Ils ont accepté car ils sont conscients du caractère explosif de la situation », a jugé Francis Carole, Conseiller exécutif de la Collectivité territoriale de la Martinique.

Un accompagnement global des jeunes intégré aux politiques départementales

Un levier certain pour la Martinique : la collectivité unique créée en 2016 réunit les compétences du Département et de la Région. Ce qui ne la dispense pas, selon Francis Carole, d’une orientation politique claire et d’un travail de transversalité entre les services et les acteurs territoriaux

Pour relever ce défi du partenariat, en externe comme en interne, plusieurs voix ont souligné la nécessité pour le Département de s’appuyer sur ses compétences. « Comment on accompagne de façon globale un jeune sur son parcours de vie », résume le Président de l’Ardèche. A la suite du programme AJIR, le public Jeunes sera pris en charge dans le cadre de chaque politique départementale – dont l’insertion, le logement, la mobilité. Et le budget estampillé « Jeunesse » sera « géré par les jeunes », poursuit Laurent Ughetto. Une suite logique pour de jeunes Ardéchois mobilisés à plusieurs occasions, dont la construction des contrats de transition écologique avec les communes.

Dans le cadre du groupe de travail « Jeunesse » de sa commission « Education, culture et sport », l’ADF entend approfondir ces réflexions dans les prochains mois, notamment par la réalisation d’un guide de bonnes pratiques.