Innovation et Numérique 20.12.2017

Entre les départements et l’Etat, le numérique éducatif reste fédérateur

L’Assemblée des départements de France et son partenaire Klee Group présentaient officiellement le 13 décembre leur livre blanc consacré aux « politiques départementales sur le numérique éducatif ». Une occasion, pour les départements, d’afficher leurs capacités d’innovation et leur union avec l’Etat sur ce dossier. Une alliance qui a résisté aux annonces prudentes du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui souhaite limiter les investissements dans les tablettes numériques.

L’engouement des départements pour le numérique éducatif se résumerait-il aux investissements coûteux et médiatiques en tablettes individuelles réalisés pour les collégiens ? Dans ce cas, lorsque le ministre de l’Education nationale annonce qu’il préférerait voir les moyens de la rue de Grenelle se concentrer sur la formation des enseignants au numérique plutôt que sur l’achat de matériel, le partenariat entre l’Etat et les départements sur le dossier aurait un peu de plomb dans l’aile. Présentant le 13 décembre le livre blanc sur les « politiques départementales sur le numérique éducatif » (lire aussi notre article du 19 octobre), Valérie Nouvel, vice-présidente du département de la Manche et de la commission innovation de l’Assemblée des départements de France, et Mathieu Jeandron, directeur du numérique éducatif à la rue de Grenelle, ont tenu à démontrer le contraire.

« Insister sur la formation des enseignants, cela a du sens pour les départements aussi, observe Valérie Nouvel. Notre livre blanc a pu montrer que la moitié des appels qui sont réalisés auprès de nos services de maintenance de l’informatique en collège auraient pu finalement être résolus sur place par le corps enseignant. Si chacun apprivoise mieux les outils, nous serons nous aussi gagnants. »

Le BYOD, une solution économe qui satisfait tout le monde ?

Pour donner du sens au déclin probable des investissements dans les tablettes individuelles, la rue de Grenelle et les départements s’accordent pour promouvoir une autre approche, celle du BYOD (Bring Your Own Device), consistant à utiliser les terminaux personnels des élèves pour les travaux pédagogiques en classe. « Le BYOD implique un projet partenarial fort avec les parents, et c’est une question techniquement complexe, qui ne sera pas forcément adaptée à tous les territoires », nuance Mathieu Jeandron. Jusqu’ici toutefois, Etat et départements n’avaient pas déclaré avec autant d’insistance leur désir d’avancer sur ce front. Il faut dire que la solution semble tout à la fois innovante et plus économe des deniers publics. Reste à savoir si elle n’entrera pas en collision avec la volonté de Jean-Michel Blanquer de laisser les téléphones mobiles personnels hors de la salle de classe. « Le BYOD, avec ses chartes d’usage des terminaux, permet de réguler l’utilisation des terminaux numériques », avance prudemment Mathieu Jeandron. Valérie Nouvel, pour sa part, veut croire à la nuance gouvernementale : « Les départements n’entendent pas ‘plus de portable à l’école’. Le ministre a sans doute plutôt donné une indication pour un usage raisonné du téléphone. C’est en tout cas notre interprétation. »

Du collège numérique aux territoires apprenants

La bonne entente avec la rue de Grenelle est essentielle pour les départements s’ils souhaitent continuer à s’affirmer comme les bons élèves du numérique territorial. De l’avis de l’ADF et de son partenaire Klee Group, le livre blanc a permis de rappeler que le collège était l’échelon scolaire le plus avancé en matière de numérique éducatif. « Nous voulons bâtir des clouds apprenants pour le territoire, des environnements numériques de travail de nouvelle génération », renchérit Jean-Pierre Quignaux, expert numérique et innovation à l’ADF. « Les collèges sont des lieux qui peuvent s’ouvrir encore plus sur leur territoire et faire bénéficier le  tissu économique local de leurs infrastructures numériques. » Un programme ambitieux que l’ADF compte donc réaliser malgré les changements de cap gouvernementaux et l’usage plus raisonné du numérique promu par le ministre.